Lukas Papin, un rêve de pilote hors de prix

le 27/03/2021 à 06h30

Derrière le volant, le pilote est maître de son destin. Sur la piste, à pleine vitesse dans une chicane, le talent parle. Mais dans le sport automobile, à partir d’un certain niveau, c’est surtout l’argent investi par l’entourage du pilote qui détermine le résultat d’une course. Et plus globalement, le décollage d’une possible carrière en monoplace. Une contrainte à laquelle Lukas Papin, 16 ans, et ses parents font face depuis que le jeune niortais a commencé le karting. Et surtout depuis que de vraies qualités lui ont été décelées. 

Lukas Papin est un jeune pilote de karting de Saint-Rémy, au nord de Niort. Il est enfant lorsqu'il découvre la course automobile sur les genoux de son père, Micka, qui pilote une Formule 1 sur un jeu vidéo avec un volant. « Dès que j’ai eu l’âge, à sept ans, je suis allé faire une séance d’essai au karting de Chauray et j’ai pu m’inscrire tout de suite », se remémore-t-il. « Il avait un certain potentiel, effectivement », se souvient Clément Gallot, gérant du Karting 79 de Chauray.

Il commence ainsi en loisirs, mais espère dans un coin de sa tête devenir un pilote aguerri prêt à aller le plus loin possible. En 2016, il est vainqueur du Volant ACO Le Mans, un programme de détection de jeunes talents, qui lui permet de poursuivre sa progression à Salbris (Loir-et-Cher), sous la houlette de Marc Berteaux, son actuel entraîneur, quintuple champion de France et responsable du service karting de la Fédération française de sport automobile.

Sa progression est constante, et Lukas Papin remporte en 2018 le championnat de France d’endurance en catégorie GP3. Il participe la même année aux 24 heures du Mans, puis se classe 11e au championnat de France « Nationale » en 2019. « Ce jour-là, on fait une grosse performance, relate le pilote deux-sévrien. On avait un matériel bien inférieur à celui des autres, mon kart était vieux de trois ans. Cela faisait six mois que je n’avais pas roulé et tous les mecs qui étaient devant moi, et même derrière, étaient beaucoup mieux préparés. »

Car pour participer à plus de courses et être au maximum compétitif, le coût matériel est considérable. Pas moins que les inégalités que cela crée entre les jeunes issus de familles qui ont des moyens disproportionnés, et ceux issus de familles plus modestes.

La course à l’armement « Il y a des parents qui deviennent fous, c’est à celui qui paie le plus, c’est l’escalade », regrette Marc Berteaux, l’entraîneur de Lukas Papin. « Sur une année, certains jeunes peuvent avoir un budget de 100.000 euros, alors qu’ils n’ont que huit ans. D’autres achètent 20 moteurs, prennent le meilleur de chacun d’eux pour faire un seul moteur super-performant », s’étouffe Anne Papin, la maman de Lukas.

À titre de comparaison, le budget du Rémytois se situe entre 15.000 et 20.000 euros pour l’année 2021. « C’est ce que dépensent d’autres coureurs sur un seul week-end… », poursuit sa mère. Tandis que le budget pour courir en Formule 4 s'élève à 150.000 euros minimum.

Impossible de rivaliser lorsque son budget n’est pas suffisant. Il ne s’agit plus d’une course de pilotes, mais d’une course à l’armement, où la logique d’équité semble réduite à néant à partir d’un certain niveau de performance. « On ne peut pas intervenir sur les investissements privés de chacun, dans ces sports où le matériel est déterminant », réagit Roxane Maracineanu, la ministre des Sports.

« Le problème, c’est que ça entraîne un cercle vicieux : si on n’a pas assez d’argent, on ne court pas assez, donc on n’a pas assez de résultats, donc on n’a assez pas de sponsors et donc on n’a pas assez de budget », schématise Clément Gallot, le gérant de Karting 79 à Chauray.

Si Lukas Papin a mis entre parenthèses son rêve d’atteindre la Formule 1, « je commence à me faire vieux », il espère devenir pilote de karting professionnel et pouvoir en vivre. « C’est possible, et j’y crois à fond », sourit-il.

« Dès qu’il monte dans un kart, il va vite, peu importe l’état de la machine », atteste son entraîneur. Alors, sa progression est loin d’être terminée et sa prochaine course est prévue le mois prochain, à bord d’un nouveau bolide.